En bref : La spasticité (après un AVC, une sclérose en plaques, une lésion médullaire) et les contractures (souvent dues à l’immobilité du TNC avancé) causent de la douleur, gênent l'hygiène et le positionnement et favorisent les lésions de pression. Le but en CHSLD est le confort et la facilité des soins, pas la récupération. La toxine botulinique est le traitement de choix d’une spasticité focale ; les relaxants oraux causent souvent somnolence, faiblesse et chutes.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Spasticité qui augmente soudainement : chercher une cause irritante (douleur, plaie de pression, infection urinaire, fécalome, ongle incarné, fracture).
- Arrêt brusque du baclofène (oral ou intrathécal) : sevrage avec confusion, hyperthermie, rigidité, convulsions.
- Confusion ou somnolence sous baclofène, surtout si la fonction rénale baisse : toxicité.
- Peau macérée ou plaie dans une main fermée, un coude ou un pli de l’aine.
✅ À faire maintenant
- Préciser le but avec le résident ou le représentant et l’équipe : douleur, hygiène, habillage, positionnement au fauteuil.
- Examiner les articulations, la peau des plis et les points de pression ; évaluer la douleur à la mobilisation.
- Demander l’évaluation en physiothérapie et en ergothérapie (positionnement, aides techniques, orthèses).
- Revoir les médicaments : relaxant en cours, dose, ClCr récente.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Approche de réadaptation ; consultation en physiatrie ou en neurologie pour la toxine botulinique ou une autre option si la spasticité gêne les soins ou cause de la douleur. |
| C | Positionnement, mobilisation, analgésie sur place ; toxine botulinique si elle est accessible et simplifie les soins ou soulage. |
| D | Confort : positionnement doux, analgésie avant les soins, soins de la peau ; éviter les interventions qui dérangent sans soulager. |
Prise en charge
- D’abord sans médicament : positionnement au lit et au fauteuil, mobilisation passive pendant les soins, coussins, orthèses ou attelles individualisées avec surveillance de la peau.
- Étirements : utiles pour le confort et les soins, mais leur effet sur la contracture établie est faible ; ne pas promettre de récupération d’amplitude.
- Spasticité focale (main, coude, cheville) : toxine botulinique, par un service spécialisé.
- Spasticité généralisée et invalidante : baclofène ou tizanidine, à faible dose et ajustés lentement ; réévaluer l’effet sur les soins et la vigilance. Baclofène : risque d’encéphalopathie plus élevé en insuffisance rénale, surtout à dose plus forte. Tizanidine : hypotension, somnolence ; interactions (ciprofloxacine, fluvoxamine).
- À éviter : les relaxants musculaires pour les douleurs musculaires (cyclobenzaprine, méthocarbamol) : peu efficaces et anticholinergiques ou sédatifs chez la personne âgée.
- Douleur : analgésie régulière et avant les soins (voir la situation Douleur chronique).
- Peau : garder les plis propres et secs (main fermée, aine) ; voir la situation Lésions de pression.
Pièges et perles
- Une hausse de la spasticité est souvent le seul signe d’une douleur ou d’une infection chez le résident non verbal.
- Réduire la spasticité peut enlever un appui utile au transfert ou à la position debout : juger selon la fonction.
- Ne jamais arrêter le baclofène brusquement ; le diminuer graduellement.
- La rigidité du parkinsonisme ou des antipsychotiques n’est pas de la spasticité (voir la situation Tremblements, effets extrapyramidaux des antipsychotiques).
Références
- Cœur + AVC. Recommandations canadiennes pour les pratiques optimales de soins de l’AVC : amplitude de mouvement et spasticité après un AVC (module de réadaptation, version en vigueur).
- Harvey LA, et al. Stretch for the treatment and prevention of contractures. Cochrane Database Syst Rev 2017;(1):CD007455.
- Muanda FT, et al. Association of baclofen with encephalopathy in patients with chronic kidney disease. JAMA 2019;322(20):1987-95.
- American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.