En bref : En CHSLD, le reflux et la dyspepsie se prĂ©sentent souvent autrement : refus de manger, agitation aux repas, toux la nuit, perte de poids. Deux questions guident la conduite : y a-t-il un signe dâalarme (saignement, anĂ©mie, dysphagie, perte de poids) ? Un mĂ©dicament en est-il la cause (AINS, bisphosphonate, fer, potassium) ? Ă lâinverse, beaucoup de rĂ©sidents reçoivent un IPP sans indication persistante : câest une cible de dĂ©prescription.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- MĂ©lĂ©na, hĂ©matĂ©mĂšse, chute de lâhĂ©moglobine : hĂ©morragie digestive (voir Vomissements, diarrhĂ©e, saignement digestif).
- Dysphagie ou odynophagie nouvelle, vomissements persistants, perte de poids, anémie ferriprive.
- Douleur épigastrique avec diaphorÚse, dyspnée ou malaise : penser à un syndrome coronarien (voir Douleur thoracique, douleur abdominale).
- Douleur abdominale intense, défense : perforation, cholécystite, ischémie.
â Ă faire maintenant
- Décrire les symptÎmes avec le personnel : moment (repas, coucher), toux, régurgitations, comportement aux repas.
- Revoir les médicaments : AINS, AAS, anticoagulant, corticostéroïde, bisphosphonate, fer, potassium, doxycycline ; anticholinergiques et opioïdes (constipation, retard de vidange).
- Chercher constipation, fĂ©calome et globe, qui donnent aussi des « maux dâestomac ».
- FSC et ferritine si un saignement occulte est soupçonné, selon le niveau de soins.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A â B | Signe dâalarme : discuter dâune endoscopie si elle changerait la conduite et que le rĂ©sident lâaccepte. HĂ©morragie active : transfert. |
| C | Traitement empirique sur place (mesures simples, IPP pour une durĂ©e dĂ©finie) ; cesser le mĂ©dicament en cause. Pas dâendoscopie, sauf si le confort lâexige. |
| D | Confort : IPP ou antiacide sâil soulage ; cesser ce qui irrite. Pas dâinvestigation. |
Sur place
- Mesures simples : repas plus petits, rĂ©sident assis pendant et aprĂšs le repas, tĂȘte du lit surĂ©levĂ©e, Ă©viter le coucher juste aprĂšs le souper.
- MĂ©dicaments irritants : cesser lâAINS si possible ; bisphosphonate : revoir lâindication (souvent cessĂ© en CHSLD) ou la capacitĂ© de respecter la position assise ; voir PrĂ©vention des fractures.
- Traitement : IPP à la dose standard pour une durée limitée, puis réévaluation ; doses et choix : voir la fiche IPP et anti-H2.
- Gastroprotection : justifiée chez le résident à risque qui doit garder un AINS, ou sous antiplaquettaire et anticoagulant combinés.
- DĂ©prescrire un IPP : si lâindication nâest plus prĂ©sente (traitement de courte durĂ©e terminĂ©, RGO sans Ćsophagite sĂ©vĂšre), rĂ©duire la dose ou cesser et utiliser au besoin. Ne pas cesser si Ćsophage de Barrett, Ćsophagite sĂ©vĂšre, saignement ulcĂ©reux ou besoin de gastroprotection (Farrell, 2017).
PiĂšges et perles
- IPP au long cours : associé à C. difficile, fractures, pneumonie, carence en B12 et hypomagnésémie (Beers 2023) ; ne pas le renouveler par habitude.
- AprĂšs lâarrĂȘt dâun IPP, un rebond acide transitoire peut survenir : prĂ©venir lâĂ©quipe pour ne pas le reprendre trop vite.
- Toux nocturne et pneumonies répétées : penser au reflux, mais aussi à la dysphagie (voir Dysphagie : dépistage et textures).
- Une anĂ©mie ferriprive chez un rĂ©sident sous anticoagulant ou AAS est un saignement digestif jusquâĂ preuve du contraire.
Références
- Moayyedi PM, Lacy BE, Andrews CN, et al. ACG and CAG clinical guideline: management of dyspepsia. Am J Gastroenterol 2017;112(7):988-1013.
- Katz PO, Dunbar KB, Schnoll-Sussman FH, et al. ACG clinical guideline for the diagnosis and management of gastroesophageal reflux disease. Am J Gastroenterol 2022;117(1):27-56.
- Farrell B, Pottie K, Thompson W, et al. Deprescribing proton pump inhibitors: evidence-based clinical practice guideline. Can Fam Physician 2017;63(5):354-64.
- American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.