En bref : En CHSLD, l’IC décompensée se présente par une dyspnée, un gain de poids, de l’œdème, de la fatigue ou un délirium. Beaucoup d’épisodes se traitent sur place : diurétique ajusté, oxygène si hypoxémie, recherche du déclencheur. Les décompensations répétées annoncent souvent la fin de vie : c’est le moment de revoir les objectifs et de préparer un plan de confort.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Détresse respiratoire, SpO₂ basse malgré l’oxygène, confusion ou somnolence nouvelle.
- Hypotension, mains froides, oligurie : bas débit.
- Douleur thoracique, arythmie rapide ou bradycardie.
- Fièvre, toux productive : pneumonie (déclencheur ou diagnostic alternatif).
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux, SpO₂, poids comparé au poids sec, examen (crépitants, œdème, turgescence jugulaire).
- Chercher le déclencheur : infection, FA rapide, ischémie, TA élevée, apport sodé ou liquidien, AINS, nouveau médicament, arrêt du diurétique.
- Bilan selon le niveau de soins : électrolytes, créatinine, FSC ; ECG si disponible.
- Vérifier le niveau de soins et les souhaits sur le transfert.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Transfert si détresse respiratoire, hypoxémie non corrigée, choc, arythmie instable ou SCA ; sinon, traitement sur place avec suivi rapproché. |
| C | Traiter sur place : diurétique PO ou SC selon le protocole de l’établissement, oxygène si hypoxémie symptomatique, traitement du déclencheur. |
| D | Confort : position assise, opioïde pour la dyspnée, diurétique s’il soulage, ventilateur, présence. Voir Soins de confort. |
Sur place
- Diurétique : augmenter le diurétique de l’anse et suivre poids, diurèse, symptômes et créatinine ; voie SC possible si la voie orale ne suffit pas, selon le protocole local. Doses : voir la fiche Insuffisance cardiaque.
- Oxygène : seulement si hypoxémie symptomatique.
- Médicaments de fond : maintenir ceux qui sont tolérés ; réduire temporairement ceux qui causent hypotension ou hyperkaliémie.
- Pas d’hypodermoclyse en IC décompensée.
- Dyspnée réfractaire : opioïde à faible dose, même pendant le traitement actif (voir la fiche IRC et IC en soins palliatifs).
Prévenir la prochaine
- Poids selon un horaire convenu, avec un seuil d’appel fixé par le médecin.
- Revoir les médicaments qui aggravent l’IC (AINS, glitazones, certains bloqueurs calciques).
- Assouplir la restriction sodée si elle nuit à l’appétit chez le résident dénutri.
Famille et suivi
- Après une décompensation, discuter du pronostic et du niveau de soins.
- Prévoir les ordonnances de confort pour la prochaine crise si l’objectif est de rester au CHSLD.
- Désactivation d’un défibrillateur implantable : en discuter si l’objectif devient le confort.
Pièges et perles
- La dyspnée du résident peut être une pneumonie, une aspiration ou une EP ; l’IC n’est pas le seul diagnostic.
- Une créatinine qui monte un peu pendant la déplétion ne justifie pas toujours d’arrêter le diurétique si le résident va mieux.
- Œdème des jambes chez un résident assis toute la journée : souvent postural.
Références
- Ezekowitz JA, et al. 2017 Comprehensive update of the Canadian Cardiovascular Society guidelines for the management of heart failure. Can J Cardiol 2017;33(11):1342-433.
- McDonald M, et al. CCS/CHFS Heart Failure Guidelines Update. Can J Cardiol 2021;37(4):531-46.
- Canadian Society for Long Term Care Medicine. Choosing Wisely Canada — Long-Term Care (mise à jour 2025).