En bref : En CHSLD, les hémorroïdes et le prolapsus rectal sont surtout liés à la constipation, aux efforts de poussée et à l’immobilité. L’appel typique : du sang rouge dans la culotte d’incontinence, une masse anale ou une douleur à la défécation. On examine (inspection, toucher rectal), on traite la constipation et on soulage localement. Un prolapsus qui ne se réduit pas ou devient sombre et douloureux est une urgence.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Prolapsus non réductible, violacé ou noirâtre, très douloureux : incarcération, ischémie.
- Saignement abondant, instabilité, chute de l’hémoglobine, surtout sous anticoagulant : voir Vomissements, diarrhée, saignement digestif.
- Sang mêlé aux selles, changement du transit, anémie ferriprive, perte de poids : ne pas attribuer d’emblée aux hémorroïdes.
- Douleur anale intense avec fièvre ou induration : abcès.
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux ; vérifier l’anticoagulation et l’antiagrégation.
- Inspection de la marge anale et toucher rectal (fécalome, masse) ; décrire la masse : muqueuse en plis concentriques (prolapsus rectal) ou paquets distincts (hémorroïdes).
- Prolapsus récent et rose : tenter la réduction douce, résident couché, avec lubrifiant et pression constante.
- Revoir le régime intestinal et la fréquence des selles (voir Constipation et fécalome).
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Prolapsus incarcéré ou ischémique, saignement important : transfert. Prolapsus récidivant ou hémorroïdes réfractaires : consultation en chirurgie colorectale si le résident accepte une intervention. |
| C | Traitement sur place (selles molles, soins locaux, réduction). Transfert si un prolapsus ne se réduit pas ou si la douleur ne peut être soulagée sur place. |
| D | Confort : selles molles, analgésie, soins locaux, protection de la peau. Pas de transfert sauf si le confort ne peut être assuré. |
Sur place
- Selles molles : fibres et liquides selon la tolérance, laxatif osmotique régulier ; éviter de pousser longtemps (positionnement à la toilette, appui des pieds).
- Hémorroïdes : préparations topiques en vente libre (hydrocortisone, pramoxine, phényléphrine) pour une courte durée, à la posologie de la monographie du produit ; bains de siège si le résident les tolère ; hygiène douce après les selles.
- Thrombose hémorroïdaire externe : analgésie et soins locaux ; une excision précoce peut aider certains résidents (ASCRS 2024) : en discuter selon le niveau de soins.
- Prolapsus rectal : réduction manuelle ; traiter la constipation et l’incontinence. Le prolapsus lui-même ne se corrige que par chirurgie : à discuter seulement si les symptômes le justifient et selon le niveau de soins.
- Peau : crème barrière, changement rapide des culottes (voir Prurit, intertrigo, dermatite d’incontinence).
- Douleur : acétaminophène ; éviter les opioïdes si possible (constipation) ou ajouter un laxatif.
Pièges et perles
- Le sang rouge n’est pas toujours hémorroïdaire : penser au cancer colorectal, à la colite ischémique et à la diverticulose, surtout si l’histoire change.
- Un fécalome peut causer saignement, prolapsus et « diarrhée » de débordement : toujours faire un toucher rectal.
- Les hémorroïdes internes ne sont pas douloureuses : une douleur vive oriente vers une thrombose, une fissure ou un abcès.
- Les traitements topiques à base de corticostéroïdes ne doivent pas être utilisés longtemps (atrophie cutanée).
Références
- Hawkins AT, Davis BR, Bhama AR, et al. The American Society of Colon and Rectal Surgeons clinical practice guidelines for the management of hemorrhoids. Dis Colon Rectum 2024. doi:10.1097/DCR.0000000000003276.
- Bordeianou L, Paquette I, Johnson E, et al. Clinical practice guidelines for the treatment of rectal prolapse. Dis Colon Rectum 2017;60(11):1121-31.
- Arnold MJ, Smith D. Management of hemorrhoids: guidelines from the ASCRS. Am Fam Physician 2025;112(6):694-5.