En bref : Quand les proches dâun rĂ©sident ne sâentendent pas (niveau de soins, transfert, alimentation, visites, argent), la premiĂšre question est : qui a le droit de dĂ©cider ? Le rĂ©sident apte dĂ©cide lui-mĂȘme. Sâil est inapte, câest son reprĂ©sentant, selon lâordre de l'art. 15 C.c.Q., qui doit dĂ©cider dans lâintĂ©rĂȘt du rĂ©sident et selon ses volontĂ©s connues. Le rĂŽle du mĂ©decin est de recentrer la discussion sur le rĂ©sident, pas dâarbitrer les relations familiales.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Décision urgente bloquée par le désaccord (détérioration aiguë, fin de vie proche).
- Soupçon quâun proche agit pour son propre intĂ©rĂȘt : argent, hĂ©ritage, pression sur le rĂ©sident, isolement imposĂ© (voir la situation Maltraitance : signalement obligatoire).
- Menaces, cris ou violence entre proches ou envers le personnel.
- Résident apte dont un proche conteste les choix ou que la famille veut « protéger » contre sa volonté.
â Ă faire maintenant
- VĂ©rifier lâaptitude du rĂ©sident pour la dĂ©cision en jeu (voir la situation Aptitude et consentement substituĂ©).
- Identifier le reprĂ©sentant lĂ©gal : mandataire (mandat homologuĂ©) ou tuteur ; Ă dĂ©faut, conjoint ; Ă dĂ©faut, proche parent ou personne qui dĂ©montre un intĂ©rĂȘt particulier.
- Vérifier les DMA au registre et les volontés déjà notées au dossier (AH-744, notes de rencontres).
- En urgence, soigner selon le niveau de soins inscrit et lâintĂ©rĂȘt du rĂ©sident ; le dĂ©saccord se rĂšgle ensuite.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A â B | Un proche veut limiter les soins, un autre veut tout : revenir aux volontĂ©s du rĂ©sident et au pronostic ; le niveau ne change que par une dĂ©cision du rĂ©sident apte ou de son reprĂ©sentant. |
| C | Montrer ce qui se fait sur place ; un transfert rĂ©clamĂ© par un seul proche qui nâest pas le reprĂ©sentant ne sâimpose pas. |
| D | Le conflit porte souvent sur lâalimentation, lâhydratation ou la sĂ©dation : expliquer le but de chaque soin de confort Ă tous, en mĂȘme temps. |
Pendant le dĂ©saccord, le niveau de soins inscrit sâapplique et le confort est toujours assurĂ©.
Démarche
- Une seule rencontre avec tous plutĂŽt que des appels sĂ©parĂ©s : chacun entend la mĂȘme information (voir la situation Rencontre avec la famille). Inviter le travailleur social.
- Recentrer : « Que dirait votre mÚre si elle pouvait nous parler ? » plutÎt que « Que voulez-vous ? ».
- Reconnaßtre la culpabilité, le deuil anticipé, les vieux conflits ; ne pas prendre parti.
- Recommander un plan médical clair, fondé sur les valeurs du résident.
- Plusieurs proches au mĂȘme rang (p. ex. trois enfants, sans conjoint ni mandat) : chercher un consensus ; consultation en Ă©thique clinique ; si le blocage persiste, le tribunal peut trancher.
- Doute sur le reprĂ©sentant (conflit dâintĂ©rĂȘts, dĂ©cisions contraires aux volontĂ©s connues) : travail social, commissaire aux plaintes, Curateur public.
- Information : le résident apte choisit qui est informé. Pour un résident inapte, le représentant est informé dans la mesure nécessaire à ses décisions ; les autres proches, selon ce que le résident aurait voulu (voir la situation AccÚs au dossier, confidentialité).
Organisation et suivi
- DĂ©signer un porte-parole familial et un interlocuteur dans lâĂ©quipe ; prĂ©voir des points dâinformation rĂ©guliers.
- Visites : un conflit entre proches ne justifie pas dâen priver un ; si un proche nuit au rĂ©sident, en discuter avec le gestionnaire et le commissaire.
- Documenter de façon factuelle : qui Ă©tait prĂ©sent, ce qui a Ă©tĂ© dit, la dĂ©cision et qui lâa prise.
- DĂ©saccord persistant : nouvelle rencontre, deuxiĂšme avis mĂ©dical, consultation en soins palliatifs ou comitĂ© dâĂ©thique clinique.
PiĂšges et perles
- Le proche le plus prĂ©sent ou le plus insistant nâest pas forcĂ©ment le reprĂ©sentant lĂ©gal.
- Une procuration bancaire ne donne aucun pouvoir sur les soins.
- Changer le plan Ă chaque appel dâun proche diffĂ©rent alimente le conflit.
- Le proche qui arrive de loin et rĂ©clame « tout » cherche souvent Ă rattraper le temps perdu : lui donner lâinformation et du temps.
Références
- Code civil du Québec, art. 11, 12, 15 et 16 (consentement aux soins du majeur inapte).
- Curateur public du Québec. RÚgles de consentement aux soins pour une personne majeure (2023).
- CollĂšge des mĂ©decins du QuĂ©bec. La pratique mĂ©dicale en soins de longue durĂ©e : guide dâexercice (2015).
- Code de déontologie des médecins (RLRQ, c. M-9, r. 17), art. 20 (secret professionnel) et 59 (collaboration avec les proches).