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Soins post-aigus › Douleur et médication

Sommeil et benzodiazépines en réadaptation

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En bref : Le sommeil est souvent perturbé sur une unité de soins (bruit, douleur, nycturie, siestes, anxiété). La demande d’un « somnifère » est fréquente, mais les benzodiazépines et les hypnotiques apparentés (zopiclone, zolpidem) augmentent le risque de chute, de délirium et de somnolence diurne, ce qui compromet la réadaptation. On traite d’abord les causes, on applique les mesures non pharmacologiques et on profite du séjour pour réduire graduellement un hypnotique pris de longue date.

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Insomnie nouvelle avec agitation ou inattention la nuit : délirium à évoquer.
  • Arrêt brusque d’une benzodiazépine ou d’alcool à l’admission : sevrage (anxiété, tremblements, tachycardie, convulsions).
  • Somnolence le jour, chute la nuit sous hypnotique.
  • Ronflements et apnées observés par le personnel : apnée du sommeil.
  • Insomnie avec tristesse, désespoir ou idées de mort : dépression.

✅ À faire maintenant

  • Vérifier la médication du domicile : benzodiazépine ou hypnotique pris depuis longtemps (ne pas l’arrêter brusquement).
  • Chercher les causes : douleur nocturne, nycturie, constipation, dyspnée, jambes sans repos, anxiété, horaire des diurétiques ou des corticostéroïdes.
  • Demander aux soins infirmiers une observation du sommeil sur quelques nuits.
  • Ne pas commencer un hypnotique « au besoin » d’emblée.

En soins post-aigus

  • Mesures non pharmacologiques : lever et activités le jour, limiter les siestes, lumière le jour et pénombre la nuit, réduction du bruit, regroupement des soins de nuit, horaire de toilette avant le coucher, limiter la caféine en soirée.
  • Analgésie adéquate en soirée si la douleur réveille le patient.
  • Hypnotique pris de longue date : proposer une réduction graduelle ; la ligne directrice canadienne suggère de réduire d’environ 25 % toutes les deux semaines, puis par paliers de 12,5 % vers la fin si possible (Pottie 2018). Détails : voir la fiche Sevrage des benzodiazépines.
  • Si un médicament semble inévitable : courte durée, plus faible dose, réévaluation rapide ; éviter les antihistaminiques sédatifs (diphenhydramine) et les antipsychotiques pour dormir (Beers 2023).
  • Thérapie cognitivo-comportementale de l’insomnie : traitement de première intention de l’insomnie chronique, à amorcer ou à recommander pour après le congé.

Effet sur la réadaptation

  • Un patient somnolent le matin perd ses séances ; un patient qui dort mal est fatigué et démotivé : il faut trouver l’équilibre.
  • Physiothérapie et ergothérapie : signaler la somnolence, l’instabilité et la baisse de performance après un changement de médication.
  • Soins infirmiers : surveillance du sommeil, prévention des chutes la nuit (lit bas, éclairage, cloche d’appel à portée).
  • Pharmacien : plan de réduction écrit et suivi des symptômes de sevrage.
  • Planifier les activités le jour pour favoriser la fatigue « naturelle » le soir.

Retour au centre hospitalier ou consultation

  • Sevrage grave (convulsion, délirium avec instabilité) : transfert selon le niveau de soins.
  • Avis en psychiatrie ou en médecine des toxicomanies si usage élevé, mésusage ou échec de réductions antérieures.
  • Apnée du sommeil soupçonnée : référence pour une étude du sommeil après le congé, sauf si les symptômes sont graves.

Préparer le congé

  • Transmettre le plan de réduction (dose actuelle, prochaine étape, date) au médecin de famille et au pharmacien communautaire.
  • Ne pas prescrire au congé un hypnotique commencé à l’hôpital s’il n’est plus nécessaire.
  • Remettre au patient de l’information simple sur les risques des somnifères et l’hygiène du sommeil.

Pièges et perles

  • La zopiclone n’est pas plus sécuritaire qu’une benzodiazépine chez la personne âgée.
  • La trazodone et la quétiapine « pour dormir » ont aussi des effets indésirables (orthostatisme, chutes).
  • Un patient qui « ne dort pas » peut en fait faire de longues siestes le jour.
  • Une réduction réussie en SPA est souvent perdue si le plan n’est pas transmis.

Références

  • Pottie K, et al. Deprescribing benzodiazepine receptor agonists: evidence-based clinical practice guideline. Can Fam Physician 2018;64(5):339-51.
  • American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.
  • MSSS. Approche adaptée à la personne âgée en milieu hospitalier — fiche clinique « Insomnie » (2e version, 2012).

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