En bref : Chez la personne âgée, l’infection se présente souvent sans forte fièvre : délirium, chute, baisse de l’appétit ou recul en réadaptation. On utilise les critères de Loeb : fièvre > 37,9 °C ou hausse ≥ 1,5 °C au-dessus de la valeur de base. En soins post-aigus, il faut penser aux sources liées à l’hospitalisation : plaie, sonde, cathéter, C. difficile, pneumonie d’aspiration, TEV.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Sepsis : hypotension, tachycardie, tachypnée, altération de l’état de conscience, marbrures.
- Désaturation nouvelle ou dyspnée : pneumonie, embolie pulmonaire.
- Diarrhée abondante après un antibiotique : C. difficile.
- Plaie rouge, chaude, qui coule, ou douleur croissante à une prothèse.
- Raideur de nuque ou trouble neurologique nouveau.
✅ À faire maintenant
- Signes vitaux complets, SpO₂, état de conscience, comparés à la base.
- Examen ciblé : poumons, déglutition, plaie, sites de cathéter (PICC), mollets, abdomen, globe vésical, peau (lésions de pression).
- Prélèvements selon la source soupçonnée, avant l’antibiotique : hémocultures si fièvre avec signes systémiques, culture d’urine seulement si critères de Loeb remplis.
- Précautions additionnelles si diarrhée infectieuse ou infection respiratoire, selon le protocole de l’établissement.
En soins post-aigus
- Pas d’antibiotique sans source probable si le patient est stable : surveiller, réexaminer et prélever.
- Voie orale en premier si le patient avale et absorbe ; les choix et les durées suivent les guides de l’INESSS (voir les fiches Infection urinaire et Pneumonie).
- Vérifier les antibiotiques reçus au centre hospitalier et les cultures en attente avant de choisir.
- Penser aux causes non infectieuses : TEV, fièvre médicamenteuse, goutte, hématome, atélectasie.
- Hydratation : par la bouche ; hypodermoclyse si disponible et selon le protocole.
- Réévaluer à 48–72 h avec les cultures ; préciser la durée dès le départ.
Effet sur la réadaptation
- Pendant la phase fébrile, réduire l’intensité plutôt que d’arrêter : mobilisation au fauteuil, exercices au lit, marche courte selon la tolérance.
- Reprendre l’intensité habituelle dès que les signes vitaux sont stables.
- Isolement : l’équipe adapte les séances (en chambre ou avec équipement dédié) ; l’isolement ne doit pas devenir de l’alitement.
- Nutrition : suivre les apports ; supplément si l’appétit baisse.
- Inhalothérapie ou physiothérapie respiratoire si pneumonie ou atélectasie, selon les ressources.
Retour au centre hospitalier ou consultation
- Transfert si sepsis, instabilité, besoin d’un antibiotique intraveineux non offert sur l’unité, ou échec du traitement oral, selon le niveau de soins.
- Avis au chirurgien ou à l’orthopédiste si une infection de plaie ou de prothèse est soupçonnée.
- Avis en microbiologie ou en infectiologie pour une bactérie multirésistante ou une bactériémie.
Pièges et perles
- Urine trouble ou malodorante n’est pas un critère : la bactériurie asymptomatique ne se traite pas.
- Une fièvre dans les premiers jours après une chirurgie est souvent non infectieuse ; plus tard, chercher une vraie source.
- Le patient sous corticostéroïdes ou très âgé peut faire une infection grave sans fièvre.
Références
- Loeb M, et al. Development of minimum criteria for the initiation of antibiotics in residents of long-term-care facilities. Infect Control Hosp Epidemiol 2001;22(2):120-4.
- High KP, et al. Clinical practice guideline for the evaluation of fever and infection in older adult residents of long-term care facilities: 2008 update by the IDSA. Clin Infect Dis 2009;48(2):149-71.
- INESSS. Guide d’usage optimal : Infection urinaire chez les personnes de 14 ans et plus (déc. 2023).
- Nicolle LE, et al. Asymptomatic bacteriuria: 2019 update by the IDSA. Clin Infect Dis 2019;68(10):e83-e110.