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Syndrome néphrotique et glomérulonéphrites

Néphrologie et électrolytesFiche révisée · 17 oct. 2026

💊 Doses / traitement✉️ Signaler une erreur

En bref : Deux présentations à distinguer d’emblée : le syndrome néphrotique (protéinurie > 3,5 g/j ou RPC > 300 mg/mmol, hypoalbuminémie, œdème) et le syndrome néphritique (hématurie glomérulaire, cylindres hématiques, HTA, ↓ DFG). Une glomérulonéphrite rapidement progressive (créatinine qui grimpe en jours ou semaines avec un sédiment actif) est une urgence néphrologique : sérologies d’emblée (ANCA, anti-MBG, complément, ANA, cryoglobulines, hépatites/VIH, électrophorèse et chaînes légères libres) et appel le jour même. Le traitement général repose sur diurétique de l’anse, restriction sodée, IECA/ARA et statine ; l'anticoagulation préventive se considère si albumine < 25 g/L et risque de saignement faible (AAS en option), et l'AAS si albumine 25–32 g/L avec risque d’événement > 2 %/an. Le diagnostic précis vient de la biopsie rénale (néphrologie).

🩺 Au chevet

🚩 Signaux d’alarme

  • Créatinine qui double en quelques jours avec hématurie et protéinurie : GN rapidement progressive (GNRP).
  • Hémoptysie, hypoxémie, infiltrats bilatéraux avec IRA : syndrome pneumo-rénal (vascularite à ANCA, anti-MBG) — risque vital.
  • Douleur lombaire, hématurie macroscopique et hausse de créatinine chez un néphrotique : thrombose de la veine rénale ; dyspnée, douleur pleurale : EP.
  • Fièvre et douleur abdominale avec ascite : péritonite spontanée (pneumocoque) ; cellulite.
  • Oligurie, hyperkaliémie, surcharge réfractaire : IRA nécessitant possiblement la dialyse.

✅ À faire maintenant

  • Analyse d’urine et sédiment (examen frais si possible : GR dysmorphiques, acanthocytes, cylindres hématiques), RPC et RAC sur miction.
  • Créatinine (comparer aux valeurs antérieures), ions, albumine, bilan lipidique, glycémie, HbA1c, FSC, bilan hépatique, TSH.
  • Échographie rénale (taille, obstruction, deux reins) ; Doppler si thrombose veineuse suspectée.
  • Sédiment actif ou créatinine en hausse : panel GN (voir Diagnostic) avant tout corticostéroïde.
  • Revoir la médication : AINS, lithium, bisphosphonates IV, inhibiteurs de checkpoint, anti-VEGF, héroïne ou cocaïne (lévamisole).
  • Poids quotidien, bilan entrées-sorties, TA.

💊 Premières ordonnances

  • Furosémide 40–80 mg IV BID (doses plus élevées qu’à l’habitude : hypoalbuminémie et protéinurie réduisent l’effet) ; viser une perte de 0,5–1 kg/j.
  • Résistance : ajouter métolazone 2,5–5 mg PO die ou hydrochlorothiazide 25 mg PO die, 30 min avant le furosémide ; ions die (K, Na, Mg).
  • Sodium < 2 g/j ; protéines 0,8–1 g/kg/j (pas de régime hyperprotéiné).
  • Prophylaxie TEV de base : énoxaparine 40 mg SC die (30 mg die si ClCr < 30) ou héparine 5 000 U SC q8–12h ; anticoagulation thérapeutique : voir Prise en charge.
  • IECA/ARA à débuter une fois euvolémique et la créatinine stable (p. ex. ramipril 2,5 mg PO die), pas pendant une IRA active.

📞 Appeler ou orienter si

  • Néphrologie : GN rapidement progressive soupçonnée ; glomérulonéphrite avec hémoptysie ; IRA avec DFGe < 15 et urémie
  • Rhumatologie : Vascularite ou connectivite avec atteinte d’organe
  • Soins intensifs : Hémorragie alvéolaire ou détresse respiratoire
  • Radiologie interventionnelle : Saignement après biopsie rénale

Délais, autres situations et quoi préparer : section Consulter ›

Diagnostic

Syndrome néphrotique Syndrome néphritique
Protéinurie > 3,0–3,5 g/j, RPC > 300 mg/mmol Variable, souvent < 3 g/j
Sédiment Peu actif ; corps gras ovales, cylindres graisseux GR dysmorphiques, acanthocytes, cylindres hématiques
Albumine < 35 g/L ; aussi hyperlipidémie, lipidurie, hypercoagulabilité Normale ou peu abaissée
Clinique Œdème, anasarque, hyperlipidémie, état prothrombotique HTA, oligurie, surcharge, ↓ DFG
Évolution Souvent lente Jours à semaines (GNRP)
  • Le chevauchement est fréquent (néphrite lupique, membranoproliférative, néphropathie à IgA avec protéinurie importante).
  • Protéinurie isolée sans œdème : confirmer sur 2 échantillons, exclure fièvre, effort, IC, protéinurie orthostatique (jeune adulte).
  • Hématurie glomérulaire : bilan urologique non nécessaire si GR dysmorphiques ou cylindres hématiques avec protéinurie ; sinon, voir la fiche Analyse d’urine.

Panel GN (GNRP ou syndrome néphritique)

Test Oriente vers
ANCA (IFI + MPO, PR3) GPA, MPA, GN pauci-immune
Anti-MBG Maladie de Goodpasture (souvent double positivité avec ANCA)
C3, C4 Bas : lupus, post-infectieuse (C3), cryoglobulinémie (C4), membranoproliférative, endocardite
ANA, anti-ADNdb Lupus
Cryoglobulines (prélèvement maintenu à 37 °C), FR Cryoglobulinémie (souvent VHC)
VHB, VHC, VIH, ± syphilis GN secondaires ; aussi requis avant immunosuppression
ASO, anti-DNase B, hémocultures Post-streptococcique, GN associée à une infection (staphylocoque), endocardite
Électrophorèse et immunofixation sériques, chaînes légères libres Gammapathie à signification rénale, amyloïdose AL, myélome
Anti-PLA2R (syndrome néphrotique) Néphropathie membraneuse primaire

Causes principales chez l’adulte

Cause Indices
Lésions glomérulaires minimes Début brutal, sédiment bland ; AINS, lithium, lymphome de Hodgkin ; très corticosensible
Glomérulosclérose segmentaire et focale (GSF) Primaire, ou secondaire : obésité, réduction néphronique, VIH, variants APOL1 (ascendance africaine), héroïne
Néphropathie membraneuse Anti-PLA2R positifs ≈ 70 % ; secondaire : néoplasie (âgé), VHB, lupus classe V, AINS ; risque thrombotique le plus élevé
Néphropathie diabétique Diabète ancien, rétinopathie, progression graduelle ; atypique si hématurie, début rapide ou absence de rétinopathie
Amyloïdose (AL, AA) Gammapathie, macroglossie, cardiomyopathie, neuropathie ; inflammation chronique (AA)
Néphropathie à IgA GN la plus fréquente ; hématurie macroscopique 1–3 j après une IVRS ; parfois GNRP
Lupus Femme jeune, atteinte multisystémique, C3/C4 bas, anti-ADNdb ; toutes les classes
Autres néphritiques Vascularite à ANCA, anti-MBG, cryoglobulinémie, post-infectieuse, membranoproliférative

Prise en charge générale

Volet Conduite Précisions
Œdème Furosémide 40–80 mg IV BID (ou PO à dose plus élevée), titré au poids ; ajouter métolazone 2,5–5 mg ou thiazide si résistance, et/ou spironolactone selon la kaliémie Surveiller hypovolémie, IRA, hypokaliémie, hyponatrémie. Albumine IV + furosémide : pas en routine (cas réfractaires, avec néphrologie)
Sodium et habitudes de vie Restriction hydrosodée, Na < 2 g/j ; arrêt tabagique ; viser un IMC optimal Pierre angulaire de l’efficacité diurétique
Protéinurie et TA IECA ou ARA titré à la dose maximale tolérée (p. ex. ramipril 2,5 → 10 mg die), ± iSGLT2, pour réduire la protéinurie et contrôler la TA Créatinine et K à 1–2 sem : hausse ≤ 30 % acceptable. Pas de double blocage. Suspendre si hypovolémie ou IRA
Lipides Hypolipidémiant au besoin (p. ex. atorvastatine 10–20 mg die) si hyperlipidémie persistante ou risque CV La dyslipidémie régresse avec la rémission
Thromboses (veines rénales, membres inférieurs, EP) Albumine < 25 g/L et risque de saignement faible : anticoagulation préventive à considérer (AAS comme solution de rechange). Albumine 25–32 g/L et risque d’événement > 2 %/an : AAS à considérer. Risque plus élevé dans la néphropathie membraneuse (aussi : protéinurie > 10 g/j, IMC > 35, immobilisation, ATCD de TEV) Warfarine (RNI 2–3) avec relais d’HBPM au début ; AOD non recommandés (données insuffisantes) ; AAS si risque hémorragique élevé. TEV confirmée : anticoagulation thérapeutique tant que le syndrome néphrotique persiste
Infections Vigilance ; vaccin contre le pneumocoque ; influenza, COVID-19 ; aucun vaccin vivant sous immunosuppression
Suppléments Multivitamine avec vitamine D et fer
Immunosuppression Décidée par la néphrologie selon la biopsie (corticostéroïdes, rituximab, cyclophosphamide, inhibiteurs de la calcineurine) Avant : VHB (AgHBs, anti-HBc), VHC, VIH, TB latente, strongyloïdes si provenance d’une région endémique ; prophylaxie de la pneumocystose à considérer
À éviter AINS, néphrotoxiques, produit de contraste non nécessaire Ajuster la dose des médicaments liés à l’albumine (hypoalbuminémie ; phénytoïne : doser la fraction libre)

💡 Calcium total bas chez le néphrotique : souvent artéfact d’hypoalbuminémie ; doser le calcium ionisé avant de corriger.

Biopsie rénale (néphrologie)

  • Indiquée : syndrome néphrotique de l’adulte, syndrome néphritique, GNRP, IRA inexpliquée avec sédiment actif.
  • Souvent évitée : diabète ancien avec rétinopathie et évolution typique ; membraneuse anti-PLA2R positive avec DFG conservé (KDIGO 2021 permet de traiter sans biopsie) ; trop haut risque (rein unique, petits reins, coagulopathie, HTA non contrôlée).
  • Préparation, selon le protocole local : FSC, RNI, TCA, groupe et dépistage ; arrêt des antithrombotiques (délai selon l’agent) ; TA contrôlée ; consentement.
  • GNRP ou syndrome pneumo-rénal : le traitement d’induction (méthylprednisolone IV, échanges plasmatiques pour anti-MBG) peut commencer avant la biopsie, sur décision de la néphrologie.

Complications

  • TEV : thrombose de la veine rénale, TVP, EP ; risque maximal les 6 premiers mois et si albumine < 25 g/L.
  • Infections : cellulite, péritonite spontanée, pneumonie (perte d’IgG, immunosuppression).
  • IRA : hypovolémie par surdiurèse, IECA/ARA, AINS, thrombose de la veine rénale, néphrite interstitielle médicamenteuse, progression de la GN.
  • Autres : hyperlipidémie, hypothyroïdie (perte urinaire de protéines porteuses), malnutrition protéique.

Algorithme

Oui

Oui

Non

Non

Oui

Oui, saignement faible

Non

Non

Protéinurie, hématurie
ou créatinine en hausse

Sédiment urinaire, RPC,
créatinine antérieure, albumine

Créatinine en hausse
en jours-semaines
+ sédiment actif ?

GNRP : urgence
ANCA, anti-MBG, C3/C4, ANA,
cryoglobulines, hépatites/VIH,
électrophorèse, chaînes légères

Hémoptysie
ou hypoxémie ?

Soins intensifs
+ néphrologie immédiatement

Néphrologie le jour même
Biopsie, induction

RPC > 300 mg/mmol
+ albumine basse + œdème ?

Syndrome néphrotique
Anti-PLA2R, électrophorèse,
sérologies, HbA1c

Furosémide, Na < 2 g/j,
IECA/ARA, statine

Albumine < 20-25 g/L
+ facteur de risque TEV ?

Anticoagulation prophylactique
(warfarine)

Prophylaxie TEV usuelle
à l’hôpital

Néphrologie :
biopsie selon le contexte

Protéinurie ou hématurie isolée :
fiche Analyse d’urine

Consulter

Consulter en néphrologie si :

  • UrgentGN rapidement progressive soupçonnée (créatinine augmentée de > 100 % avec hématurie et protéinurie) — néphrologue de garde, le jour même.
  • UrgentGlomérulonéphrite avec hémoptysie (syndrome pneumo-rénal) — néphrologue de garde, immédiatement.
  • UrgentIRA avec DFGe < 15 et urémie (hyperkaliémie, surcharge réfractaire) — néphrologue de garde.
  • Semi-urgentSyndrome néphrotique avec anasarque — pendant le séjour, ou ≤ 10 jours en externe.
  • Semi-urgentProtéinurie > 3 g/j isolée (RPC > 300 mg/mmol) — ≤ 28 jours.
  • ÉlectifProtéinurie modérée de 1 à 3 g/j (RPC 100–300 mg/mmol) — ≤ 3 mois.
  • ÉlectifHématurie isolée après bilan urologique négatif — ≤ 12 mois.

À préparer : créatinines antérieures et actuelles, analyse d’urine avec sédiment, RPC et RAC, albumine, FSC, panel GN envoyé, échographie rénale, TA, médication (AINS, anticoagulants).

Consulter en rhumatologie si :

  • UrgentVascularite ou connectivite avec atteinte d’organe (néphrite lupique, vascularite à ANCA) — rhumatologue de garde, en parallèle de la néphrologie.

Consulter aux soins intensifs si :

  • UrgentHémorragie alvéolaire ou détresse respiratoire — immédiatement.

Consulter en radiologie interventionnelle si :

  • Semi-urgentBiopsie rénale demandée par la néphrologie (TA contrôlée ; plaquettes, RNI, TCA ; antithrombotiques cessés selon le protocole) — pendant le séjour.
  • UrgentSaignement après biopsie rénale (hématurie massive, chute d’Hb, fistule artérioveineuse) — radiologiste de garde, immédiatement ; embolisation.

Suivi et congé

  • Poids sec, poids quotidien à domicile ; consigne de reprendre contact si gain > 2 kg en 3 j.
  • Créatinine et K à 1–2 semaines après le début ou la hausse d’un IECA/ARA ou d’un diurétique.
  • RPC, albumine et créatinine au suivi néphrologique pour juger de la rémission.
  • Anticoagulation : durée et cible écrites dans la note de congé ; réévaluer quand l’albumine remonte au-dessus de 25–30 g/L.
  • Sous immunosuppression : prophylaxie PJP, glycémie, densité osseuse et protection gastrique selon le régime ; vaccins inactivés.
  • Éviter les AINS (consigne écrite) ; revoir les doses des médicaments éliminés par le rein.

Pièges et perles

  • Envoyer le panel GN avant les corticostéroïdes : ils peuvent négativer ou atténuer certains résultats et compliquer la biopsie.
  • Un diabétique avec hématurie, début brutal ou sans rétinopathie : ne pas conclure trop vite à une néphropathie diabétique.
  • Membraneuse chez l’âgé : penser néoplasie (dépistages selon l’âge, examen ciblé).
  • ANCA positifs sans tableau compatible (infection, endocardite, médicaments comme hydralazine, propylthiouracile, lévamisole) : interpréter avec prudence.
  • Surdiurèse et IECA simultanés : recette de l’IRA prérénale. Ajuster l’un à la fois.
  • Hypoalbuminémie sévère + douleur lombaire : penser à la thrombose de la veine rénale avant la pyélonéphrite.
  • Les AOD ne sont pas l’option recommandée pour la prophylaxie dans le syndrome néphrotique.

Voir aussi

Références

  • Kidney Disease: Improving Global Outcomes (KDIGO) Glomerular Diseases Work Group. KDIGO 2021 Clinical Practice Guideline for the Management of Glomerular Diseases. Kidney Int 2021;100(4S):S1–S276. doi:10.1016/j.kint.2021.05.021
  • Gerstein J, Battu K, Reich HN. Prophylactic Anticoagulation in Nephrotic Syndrome. Kidney360 2023;4(10):1476–1478. doi:10.34067/KID.0000000000000225
  • KDIGO ANCA Vasculitis Work Group. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Management of Antineutrophil Cytoplasmic Antibody (ANCA)–Associated Vasculitis. Kidney Int 2024;105(3S).
  • KDIGO Lupus Nephritis Work Group. KDIGO 2024 Clinical Practice Guideline for the Management of Lupus Nephritis. Kidney Int 2024;105(1S).
  • Lanthier L. Référence en médecine interne (application Lanthier), chapitre Syndrome néphrotique (définition, traitement général, seuils d’albumine pour l’anticoagulation et l’AAS).
  • MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Néphrologie, Rhumatologie.

🔗 Voir aussi