En bref : Il faut d’abord distinguer la bilirubine non conjuguée de la bilirubine conjuguée. Une hyperbilirubinémie conjuguée (> 17 µmol/L chez le nouveau-né) est toujours pathologique, et l’atrésie des voies biliaires est une urgence diagnostique. Chez le nouveau-né ≥ 35 SA, on mesure la bilirubine (TcB ou BST) et on la reporte sur les courbes heure par heure de la SCP 2025, selon l’âge gestationnel et la présence de facteurs de neurotoxicité. Après la période néonatale, une hyperbilirubinémie non conjuguée oriente vers une hémolyse ou un syndrome de Gilbert.
📌 Fiche d’origine hospitalière, ajoutée pour la situation clinique « Ictère (incluant néonatal) » de l’externat. Au sans rendez-vous : reconnaître, amorcer le traitement et diriger ; les sections propres à l’hôpital ont été retirées.
Nouveau-né (≥ 35 SA)
Physiologique ou pathologique ?
| Évoque un ictère physiologique ou lié à l’allaitement | Évoque un ictère pathologique |
|---|---|
| Apparition après 24 h, pic à J3–5 | Ictère dans les 24 premières heures (hémolyse jusqu’à preuve du contraire) |
| Bilirubine non conjuguée, bébé en bonne santé | Hausse rapide, BST proche du seuil de photothérapie |
| Ictère du lait maternel : se prolonge plusieurs semaines chez un bébé qui prend du poids | Bébé malade, mauvaise prise alimentaire, perte de poids importante |
| Selles pâles, urines foncées, bilirubine conjuguée élevée | |
| Ictère prolongé (> 14 jours) |
- Causes non conjuguées : hémolyse immune (ABO, Rh, Kell), G6PD, sphérocytose, céphalhématome ou ecchymoses, polycythémie, sepsis, hypothyroïdie, allaitement insuffisant, Crigler-Najjar ou Gilbert.
- Causes conjuguées : atrésie des voies biliaires, kyste du cholédoque, infection (sepsis, infection urinaire, TORCH), métaboliques (galactosémie, tyrosinémie, déficit en α1-antitrypsine), hypothyroïdie, fibrose kystique, nutrition parentérale.
Facteurs de neurotoxicité (abaissent le seuil de traitement)
- Âge gestationnel < 38 SA, maladie hémolytique (isoimmune, G6PD), sepsis, albumine < 30 g/L, instabilité hémodynamique ou respiratoire, acidose.
Démarche (SCP 2025)
- Dépistage de tous les nouveau-nés par bilirubine transcutanée (TcB) ou sérique (BST), interprétée selon l’âge en heures (le dépistage universel avant le congé reste la pratique canadienne).
- Confirmer par une BST si la TcB est > 250 µmol/L ou à moins de 50 µmol/L du seuil de photothérapie.
- Photothérapie selon les courbes de la SCP (par semaine d’âge gestationnel, avec ou sans facteur de risque). En présence de facteurs de risque, on peut commencer jusqu’à 30 µmol/L sous le seuil.
- Exsanguinotransfusion selon les courbes dédiées, avec appel immédiat à la néonatologie. Hyperbilirubinémie grave : BST > 425 µmol/L. Les IgIV servent rarement, surtout si l’exsanguinotransfusion n’est pas disponible.
- Photothérapie à domicile possible si : ≥ 38 SA, ≥ 48 h de vie, aucun facteur de risque, BST ≤ 15 µmol/L au-dessus du seuil, bébé stable. Réadmettre si la BST continue de monter.
- Après l’arrêt de la photothérapie : on peut suivre par TcB (valide ≥ 18 h après l’arrêt) pour dépister un rebond.
⚠️ Recommandation actuelle (SCP, 2025) : le test de Coombs direct (TAD) n’est plus recommandé de routine, car il ne confirme pas une hémolyse. On dose la G6PD en cas d’hyperbilirubinémie significative sans cause évidente ou qui répond mal au traitement. Les seuils sont désormais par semaine d’âge gestationnel (35, 36, 37, ≥ 38 SA), ce qui ressemble à l’approche de l’AAP 2022.
- Bilan si traitement envisagé : BST avec fraction conjuguée, FSC, frottis, réticulocytes, groupe sanguin de la mère et du bébé, ± G6PD, albumine.
- Au Québec, un protocole médical national de l’INESSS permet à l’infirmière d’amorcer le dosage de la BST lors du suivi postnatal.
Ictère prolongé (> 14 jours chez le bébé à terme)
- Doser la bilirubine totale et conjuguée, revoir la couleur des selles (carte colorimétrique) et vérifier le dépistage néonatal (TSH).
- Bilirubine conjuguée > 17 µmol/L : référence rapide en gastro-entérologie pédiatrique. Un diagnostic d’atrésie des voies biliaires doit être posé avant 45–60 jours pour que la chirurgie de Kasai donne de bons résultats.
Enfant après la période néonatale
- Causes non conjuguées : hémolyse (G6PD après un médicament ou des fèves, drépanocytose, sphérocytose, thalassémie, auto-immune, SHU, paludisme chez le voyageur ou l’immigrant), hématome, Gilbert (très fréquent, bénin, bilirubine souvent < 85 µmol/L), hyperthyroïdie, insuffisance cardiaque, médicaments (rifampicine).
- Le paludisme se cherche chez tout enfant fébrile avec ictère au retour d’une zone endémique.
Consulter
Envoyer à l’urgence si :
- UrgenceIctère avant 24 h de vie (hémolyse jusqu’à preuve du contraire)
- UrgenceNouveau-né ictérique et malade (léthargie, hypothermie, mauvaise succion ; sepsis, infection urinaire)
- UrgenceBilirubine au seuil de photothérapie ou plus (courbes SCP 2025 ; BST > 425 µmol/L : exsanguinotransfusion)
- UrgenceEnfant ictérique fébrile ou d’allure septique (paludisme au retour d’une zone endémique)
Consulter en pédiatrie si :
- RapideBilirubine conjuguée > 17 µmol/L ou selles pâles (atrésie des voies biliaires à diagnostiquer avant 45–60 jours) — référence rapide en gastro-entérologie pédiatrique
- RapideIctère avec troubles d’alimentation avant 1 mois (perte de poids importante) — priorité B (≤ 10 j)
- ÉlectifHémolyse chronique soupçonnée (G6PD, sphérocytose, drépanocytose, thalassémie) — consultation externe en pédiatrie
- ÉlectifAtteinte hépatobiliaire chez l’enfant plus âgé (bilirubine conjuguée, tests hépatiques anormaux ; échographie) — consultation externe en pédiatrie
À préparer : âge en heures ou en jours, âge gestationnel ; TcB ou BST avec l’heure, fraction conjuguée ; couleur des selles (carte colorimétrique) ; boires et courbe de poids ; groupes sanguins mère-bébé, FSC, réticulocytes, frottis ± G6PD ; dépistage néonatal (TSH) ; enfant plus âgé : bilan hépatique, voyage, médicaments.
Pièges et perles
- L’ictère clinique n’estime pas bien la bilirubine, surtout chez la peau foncée : toujours mesurer.
- Un ictère qui apparaît avant 24 h de vie n’est jamais physiologique.
- Il ne faut pas cesser l’allaitement pour un ictère du lait maternel. On optimise plutôt l’allaitement (≥ 8 tétées par jour) et on surveille le poids.
- Un nouveau-né ictérique et malade (hypothermie, léthargie, mauvaise succion) peut avoir un sepsis ou une infection urinaire.
Références
- Technical Annex : detection and management of hyperbilirubinemia in term and late preterm newborns (Société canadienne de pédiatrie, 2025)
- Courbes de photothérapie, figure 1 (Société canadienne de pédiatrie, janvier 2026)
- Hyperbilirubinemia CPG : overview of key updates (Association of Ontario Midwives, 2026, d’après la SCP 2025)
- Protocole médical national : bilirubine sérique totale chez le nouveau-né (INESSS)
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Pédiatrie.