En bref : En CHSLD, une réaction allergique suit souvent un nouveau médicament (antibiotique surtout) ou un vaccin. La question clé : est-ce une anaphylaxie ? Si oui, l'épinéphrine IM se donne sans attendre, dans la cuisse, et l’âge n’est pas une contre-indication. Une urticaire isolée se traite sur place en cessant l’agent en cause. Un angio-œdème sous IECA n’est pas allergique.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme (anaphylaxie)
- Atteinte respiratoire : stridor, voix rauque, sibilances, dyspnée, désaturation.
- Hypotension, malaise, syncope, baisse de conscience.
- Œdème de la langue, des lèvres ou de la gorge ; trouble de déglutition.
- Symptômes de plusieurs systèmes (peau, respiratoire, digestif) après une exposition probable.
✅ À faire maintenant
- Cesser l’agent soupçonné (perfusion, médicament, aliment).
- Appeler à l’aide ; position couchée jambes surélevées, ou assise si dyspnée ; position latérale si inconscient.
- Signes vitaux, SpO₂ ; oxygène si disponible.
- Noter l’heure de l’exposition et de chaque dose d’épinéphrine.
💊 Premières ordonnances
- Épinéphrine 1 mg/mL IM dans la face externe de la cuisse : 0,01 mg/kg, max 0,5 mg par dose (MSSS/Santé Québec, 2025). Répéter aux 5 minutes si le résident s’aggrave, selon le protocole de l’établissement.
- Antihistaminique et corticostéroïde : traitements d’appoint seulement, jamais à la place de l’épinéphrine.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Anaphylaxie : épinéphrine sur place, puis 911 et transfert pour observation (réaction biphasique possible). |
| C | Épinéphrine sur place ; surveillance au CHSLD si la réponse est rapide et complète. Transfert si réponse incomplète ou si le confort l’exige. |
| D | Confort. L’épinéphrine reste une option si elle soulage une détresse respiratoire, selon les souhaits exprimés ; sinon, mesures de confort (opioïde, anxiolytique). |
Sur place
- Urticaire ou prurit isolés : cesser l’agent, antihistaminique non sédatif (éviter la diphenhydramine et l’hydroxyzine, anticholinergiques, chez l’âgé), surveiller l’apparition d’autres signes.
- Bêtabloquant : l’anaphylaxie peut répondre moins bien à l’épinéphrine ; voir la fiche Anaphylaxie et réactions aux produits de contraste.
- Angio-œdème sous IECA (sans urticaire) : cesser l’IECA de façon permanente ; l’épinéphrine et les antihistaminiques sont souvent peu efficaces ; transfert si atteinte des voies aériennes, selon le niveau de soins.
- Éruption avec fièvre, atteinte des muqueuses ou décollement de la peau : réaction grave (SSJ/NET, DRESS) ; cesser le médicament et discuter du transfert.
- Remplacer l’antibiotique par une autre classe ; voir la fiche Allergie à la pénicilline.
Famille, déclaration et suivi
- Inscrire l’allergie au dossier et au profil pharmacologique avec la description précise de la réaction.
- Aviser le représentant. Si le résident a reçu un médicament auquel il était déjà connu allergique, déclarer sur le formulaire AH-223-1.
- Réaction après un vaccin : déclarer la manifestation clinique inhabituelle (MCI) selon le Protocole d’immunisation du Québec.
Pièges et perles
- Retarder l’épinéphrine est la principale cause de mauvaise évolution ; ne pas attendre l’hypotension.
- L’âge et la maladie cardiaque ne contre-indiquent pas l’épinéphrine IM en anaphylaxie.
- Beaucoup d'« allergies à la pénicilline » au dossier n’en sont pas : les clarifier évite des antibiotiques de 2e ligne.
Références
- MSSS et Santé Québec. Intervention auprès des personnes victimes d’une réaction allergique sévère de type anaphylactique : guide du formateur (2025).
- Cardona V, et al. World Allergy Organization anaphylaxis guidance 2020. World Allergy Organ J 2020;13(10):100472.
- American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.