En bref : La xérose (peau sèche) touche la majorité des résidents, surtout en hiver. Elle cause du prurit, des fissures et de l'eczéma craquelé des jambes, et fragilise la peau. Le traitement de base est simple et quotidien : émollient, toilette douce. Un eczéma qui ne répond pas, ou qui devient bulleux, doit faire penser à la gale, à une dermatite de contact ou à une pemphigoïde bulleuse.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Bulles tendues sur une peau qui démange, parfois précédées de plaques eczémateuses : pemphigoïde bulleuse (rechercher une gliptine).
- Rougeur qui couvre presque tout le corps, desquamation, frissons : érythrodermie, à évaluer rapidement.
- Éruption après un nouveau médicament avec atteinte des muqueuses ou fièvre : réaction médicamenteuse grave.
- Croûtes jaunâtres, pus, douleur : surinfection.
- Prurit chez plusieurs résidents ou membres du personnel : gale (voir la situation Gale).
✅ À faire maintenant
- Examiner toute la peau : jambes, tronc, mains, plis, siège.
- Revoir les produits d’hygiène (savons, lingettes parfumées), la fréquence des bains et les nouveaux médicaments.
- Jambes : rechercher un œdème et une insuffisance veineuse (eczéma de stase).
- Prurit sans lésion : voir la situation Prurit, intertrigo, dermatite d’incontinence.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Soins sur place ; dermatologie (ou télédermatologie) si bulles, érythrodermie ou échec du traitement. |
| C | Soins sur place ; dermatologie si le diagnostic change le confort (p. ex. pemphigoïde). |
| D | Émollients et soulagement du prurit ; pas de bilan. |
Sur place
Peau sèche
- Émollient sans parfum au moins une fois par jour sur tout le corps, et après chaque toilette ; onguent ou crème épaisse plutôt que lotion.
- Bains moins fréquents et courts, à l’eau tiède ; nettoyant doux sans savon ; sécher en tapotant.
- Humidité de l’air en hiver ; ongles courts pour limiter les lésions de grattage.
Eczéma
- Corticostéroïde topique de puissance adaptée au site, sur une courte durée, en plus de l’émollient : faible puissance au visage et dans les plis, moyenne sur le tronc et les membres. Choix et quantités : voir la fiche Eczéma, dermatite de contact et corticostéroïdes topiques.
- Eczéma de stase : traiter l’œdème (élévation, compression si l’apport artériel le permet) ; éviter les produits sensibilisants (néomycine, parfums, lanoline).
- Dermatite de contact : retirer le produit en cause (pansements, adhésifs, produits d’incontinence, crèmes).
- Éviter les antihistaminiques de 1re génération pour le prurit : délirium, chutes (AGS Beers, 2023).
Prévenir
- Inscrire l’émollient au plan de soins quotidien, pas « au besoin ».
- Une peau bien hydratée se déchire moins (voir la situation Déchirures cutanées).
Pièges et perles
- « Eczéma » qui résiste au corticostéroïde : gale, candidose, dermatite de contact au traitement lui-même, ou pemphigoïde au stade sans bulle.
- Pemphigoïde bulleuse : fréquente chez la personne très âgée, souvent avec TNC ou Parkinson ; les gliptines (inhibiteurs de la DPP-4) sont en cause dans certains cas.
- Un corticostéroïde puissant sur une peau âgée et mince cause atrophie, purpura et déchirures.
Références
- Lichterfeld-Kottner A, et al. Maintaining skin integrity in the aged: a systematic review. Int J Nurs Stud 2020;103:103509.
- Venning VA, et al. British Association of Dermatologists' guidelines for the management of bullous pemphigoid 2012. Br J Dermatol 2012;167(6):1200-14.
- Medsafe (Nouvelle-Zélande). Bullous pemphigoid: a blistering problem with DPP-4 inhibitors. Prescriber Update 2019.
- American Geriatrics Society. 2023 Updated AGS Beers Criteria. J Am Geriatr Soc 2023;71(7):2052-81.