En bref : La dĂ©shydratation est frĂ©quente en CHSLD : soif diminuĂ©e, dysphagie, dĂ©pendance pour boire, diurĂ©tiques, fiĂšvre. On favorise dâabord la voie orale. L'hypodermoclyse (voie SC) permet de traiter sur place une dĂ©shydratation lĂ©gĂšre Ă modĂ©rĂ©e. Elle ne convient pas au remplacement rapide. En fin de vie, lâhydratation artificielle apporte peu et se dĂ©cide selon les objectifs.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Hypotension, tachycardie, oligurie marquĂ©e, altĂ©ration de lâĂ©tat de conscience : dĂ©shydratation sĂ©vĂšre ou choc.
- DĂ©lirium nouveau, chute, constipation ou insuffisance rĂ©nale aiguĂ« : la dĂ©shydratation peut en ĂȘtre la cause.
- Hypernatrémie ou créatinine qui monte : voir les pages de garde correspondantes.
â Ă faire maintenant
- Signes vitaux, TA couché-debout si possible, poids, bilan des apports et des pertes.
- Chercher la cause : infection, diarrhée, vomissements, dysphagie, diurétique, hyperglycémie, refus de boire.
- Bilan selon le niveau de soins : électrolytes, créatinine, glucose.
- Suspendre temporairement les diurétiques, IECA, ARA, AINS et metformine si la déshydratation est importante, selon le jugement clinique.
đ PremiĂšres ordonnances
- Hypodermoclyse : NaCl 0,9 % SC, 20â30 mL/h la 1re heure puis 30â50 mL/h, max 1 Ă 1,5 L/24 h. Jamais de D5 % seul. Changer de site aprĂšs 1,5â2 L ou 24â48 h (voir la fiche Patients en CHSLD).
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A â B | Transfert si dĂ©shydratation sĂ©vĂšre, choc, trouble Ă©lectrolytique grave ou besoin de remplacement rapide. |
| C | Hydratation PO aidée, puis hypodermoclyse sur place ; traiter la cause. |
| D | Soins de bouche et petites gorgées au goût du résident. Hypodermoclyse seulement si elle soulage un symptÎme (soif, délirium lié à la déshydratation) et selon les souhaits discutés. |
Sur place
- PO dâabord : offrir Ă boire Ă heures fixes, entre les repas et avec la mĂ©dication ; boissons prĂ©fĂ©rĂ©es, gelĂ©es, fruits ; textures adaptĂ©es si dysphagie.
- Hypodermoclyse : solutés isotoniques seulement (NaCl 0,9 % de préférence ; D5 %-NaCl 0,45 % ou 2/3-1/3 possibles). Sites : abdomen, cuisse, région sous-claviculaire, haut du dos chez le résident agité.
- Contre-indications : choc, dĂ©shydratation sĂ©vĂšre, insuffisance cardiaque dĂ©compensĂ©e, ĆdĂšme important, coagulopathie importante.
- Surveillance : ĆdĂšme et rougeur au site, surcharge (crĂ©pitants, dyspnĂ©e), apports et diurĂšse ; arrĂȘter dĂšs que lâapport PO suffit.
- Lâhypodermoclyse peut ĂȘtre donnĂ©e la nuit pour laisser le rĂ©sident libre le jour.
Famille et fin de vie
- En fin de vie, la baisse de lâapport est attendue. Expliquer que la soif se soulage surtout par les soins de bouche.
- Lâhydratation artificielle peut aggraver les rĂąles, lâĆdĂšme et les sĂ©crĂ©tions ; on peut lâessayer si elle rĂ©pond Ă un objectif clair, puis la réévaluer.
- Documenter la décision et les souhaits du résident ou du représentant.
PiĂšges et perles
- Le D5 % seul en SC attire lâeau dans le tissu : Ă proscrire.
- Une hypodermoclyse ne corrige pas une hypernatrémie sévÚre rapidement ni de façon fiable.
- La sensation de soif est un mauvais repĂšre chez lâĂągĂ©.
Références
- Volkert D, et al. ESPEN practical guideline: clinical nutrition and hydration in geriatrics. Clin Nutr 2022;41(4):958-89.
- Winnipeg Regional Health Authority, Long Term Care Program. Operational Guideline: Hypodermoclysis via Indwelling Subcutaneous Device (déc. 2020).
- NICE NG31. Care of dying adults in the last days of life (2015) : hydratation.
- Formulaire AH-744 (niveaux de soins et RCR), MSSS ; INESSS, Les niveaux de soins (2016).