En bref : Le résident avec un TNC avancé, une aphasie ou une baisse de vigilance ne peut souvent plus dire qu’il a mal. Sa douleur se voit dans ses comportements : grimaces, plaintes, protection d’une région, refus des soins, agitation, retrait. On l’évalue de façon structurée, avec une échelle d’observation validée (PACSLAC-F, PACSLAC-II, PAINAD), toujours comparée à l'état de base. Si le doute persiste, un essai d’analgésique fait partie de l’évaluation.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Changement de comportement aigu : refus de bouger un membre, cris à la mobilisation (fracture, même sans chute connue).
- Agitation avec ventre tendu, globe vésical ou fécalome.
- Douleur avec fièvre, rougeur, plaie : infection.
- Somnolence, retrait, refus alimentaire nouveau : la douleur peut aussi rendre apathique ; penser au délirium.
✅ À faire maintenant
- Demander d’abord : beaucoup de résidents avec TNC peuvent encore répondre par oui ou non ou montrer où ils ont mal.
- Observer au repos et pendant une mobilisation (soins d’hygiène, transfert), avec l’échelle retenue par l’établissement.
- Chercher une cause : articulations, os, peau et points de pression, bouche et dents, abdomen, vessie, rectum, pieds.
- Recueillir l’avis du personnel qui connaît le résident et de la famille : « Est-ce qu’il est comme d’habitude ? »
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Évaluer et soulager ; examens (radiographie, bilan) si la cause soupçonnée changerait la conduite ; transfert si une cause grave le justifie. |
| C | Évaluer et soulager sur place ; radiographie mobile si disponible et utile ; transfert seulement si le confort l’exige. |
| D | Évaluer aussi souvent que nécessaire ; soulager sans chercher la cause par des examens. La voie SC prend le relais si la voie orale n’est plus possible. |
Démarche en 5 étapes
- 1. Autoévaluation si possible, même simple (oui ou non, échelle verbale courte, visage).
- 2. Recherche d’une cause de douleur aiguë ou d’une situation connue pour être douloureuse (plaie, arthrose, contracture, soins de plaie).
- 3. Échelle d’observation : PACSLAC-F (version québécoise validée en soins de longue durée), PACSLAC-II ou PAINAD. Utiliser toujours la même pour un résident et noter le score pour suivre l’évolution.
- 4. Avis des proches et du personnel qui connaissent les comportements habituels.
- 5. Essai d’analgésique : acétaminophène régulier, puis opioïde à faible dose si besoin (voir la situation Douleur chronique). Réévaluer avec la même échelle ; une baisse des comportements confirme la douleur.
Prévoir l’analgésie avant les soins douloureux. Un score à l’échelle n’est pas une intensité de douleur : il indique la probabilité de douleur et sert surtout à comparer le résident à lui-même.
Famille et suivi
- Demander à la famille comment le résident exprimait sa douleur avant ; l’inscrire au plan de soins.
- Expliquer qu’un essai d’analgésique fait partie de l’évaluation et qu’on le réévalue.
- Prévoir une réévaluation planifiée après chaque changement d’analgésique (effet et effets indésirables).
Pièges et perles
- Traiter l’agitation par un antipsychotique sans avoir cherché la douleur : la douleur reste, la sédation s’ajoute.
- Les échelles d’observation détectent la douleur, mais ne la distinguent pas toujours de la détresse ou de la peur : refaire l’évaluation après le soulagement.
- Un résident calme et immobile n’est pas forcément sans douleur : il peut éviter de bouger parce qu’il a mal.
- Les PRN sont rarement demandés : préférer un horaire fixe quand la douleur est probable.
Références
- Herr K, Coyne PJ, Ely E, Gélinas C, Manworren RCB. Pain assessment in the patient unable to self-report: clinical practice recommendations in support of the ASPMN 2019 position statement. Pain Manag Nurs 2019;20(5):404-17.
- Hadjistavropoulos T, et al. An interdisciplinary expert consensus statement on assessment of pain in older persons. Clin J Pain 2007;23(1 Suppl):S1-43.
- Aubin M, Verreault R, Savoie M, et al. Validité et utilité clinique d’une grille d’observation (PACSLAC-F) pour évaluer la douleur chez des aînés atteints de démence vivant en milieu de soins de longue durée. Can J Aging 2008;27(1):45-55.
- Warden V, Hurley AC, Volicer L. Development and psychometric evaluation of the Pain Assessment in Advanced Dementia (PAINAD) scale. J Am Med Dir Assoc 2003;4(1):9-15.
- Husebo BS, et al. Efficacy of treating pain to reduce behavioural disturbances in residents of nursing homes with dementia: cluster randomised clinical trial. BMJ 2011;343:d4065.