En bref : Chez le rĂ©sident ostĂ©oporotique, alitĂ© ou atteint de TNC, une fracture peut survenir sans chute connue : lors dâun transfert, dâun soin ou dâun retournement, ou aprĂšs une chute non tĂ©moignĂ©e. Elle se manifeste souvent par une agitation, un refus de bouger ou une enflure plutĂŽt que par une plainte claire. Il faut aussi penser Ă une mĂ©tastase, Ă une arthrite cristalline ou Ă une infection, et Ă la possibilitĂ© de maltraitance.
đ©ș Au chevet
đ© Signaux dâalarme
- Douleur au dos avec faiblesse des jambes, trouble sensitif ou rétention urinaire : compression médullaire (cancer connu ou non).
- Membre déformé, raccourci ou en rotation, incapable de porter du poids : fracture déplacée (hanche, fémur, humérus).
- FiÚvre avec articulation chaude et enflée : arthrite septique ou cristalline.
- Ecchymoses Ă des endroits inhabituels, blessures dâĂąges diffĂ©rents, explications incohĂ©rentes : maltraitance possible.
- Confusion, soif, constipation avec douleurs osseuses diffuses : hypercalcémie (métastases, myélome).
â Ă faire maintenant
- Signes vitaux, évaluation de la douleur avec une échelle adaptée aux TNC.
- Examen comparatif : déformation, enflure, chaleur, ecchymose, douleur à la mobilisation passive ; hanches, fémurs, épaules, poignets, cÎtes, rachis.
- Examen neurologique des membres infĂ©rieurs et recherche dâun globe vĂ©sical si douleur au dos.
- Demander Ă lâĂ©quipe : dernier transfert, chute possible, changement de lĂšve-personne ou de technique, contractures.
- Immobiliser le membre douloureux ; analgésie avant toute mobilisation.
- Vérifier le niveau de soins (AH-744).
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A â B | Radiographie (mobile ou Ă lâhĂŽpital) ; transfert si fracture de hanche ou du fĂ©mur, compression mĂ©dullaire soupçonnĂ©e ou arthrite septique possible. |
| C | Radiographie mobile si elle change la conduite ; analgĂ©sie et immobilisation sur place. Transfert si le confort lâexige : une fracture de hanche est souvent mieux soulagĂ©e par la chirurgie. |
| D | Confort : analgésie réguliÚre, positionnement, attelle ou coussin ; imagerie seulement si elle aide à soulager. |
Sur place
- Imagerie : radiographie mobile si disponible ; une radiographie normale nâexclut pas une fracture de hanche impactĂ©e si la douleur persiste.
- Douleur : acétaminophÚne régulier ; opioïde à faible dose au besoin (voir « Douleur : opioïdes SC »). Prévenir la constipation.
- Fracture vertĂ©brale : souvent sans traumatisme chez lâostĂ©oporotique ; analgĂ©sie et mobilisation selon la tolĂ©rance (voir la fiche Fracture vertĂ©brale de compression).
- Arthrite cristalline : goutte ou pseudogoutte (genou, poignet), frĂ©quente aprĂšs une maladie aiguĂ« ou un diurĂ©tique ; ponction si lâarthrite septique est possible, selon le niveau de soins.
- Cancer : métastases osseuses ou myélome ; calcium et créatinine si le résultat change la conduite. Compression médullaire : voir la fiche Urgences oncologiques.
- Autres causes : pseudopolyarthrite rhizomĂ©lique, cellulite, TVP (voir « ĆdĂšme unilatĂ©ral de la jambe, TVP soupçonnĂ©e »), plaie de pression profonde.
Prévenir
- Revoir la prĂ©vention des fractures : vitamine D, calcium alimentaire, traitement de lâostĂ©oporose selon lâespĂ©rance de vie (voir « PrĂ©vention des fractures »).
- Techniques de transfert et de positionnement adaptées ; évaluation en ergothérapie ou physiothérapie pour les résidents à contractures.
- Protecteurs de hanche chez le résident qui marche et chute.
Famille, déclaration et suivi
- Aviser le représentant ; expliquer ce qui est connu et ce qui reste incertain.
- Fracture survenue lors dâun soin ou dâun transfert, ou sans cause trouvĂ©e : formulaire AH-223-1 et divulgation.
- Maltraitance soupçonnĂ©e : signalement obligatoire pour un rĂ©sident de CHSLD (Loi visant Ă lutter contre la maltraitance, art. 21), selon la politique de lâĂ©tablissement.
- DécÚs qui suit une fracture : avis au coroner (voir « Constat de décÚs et avis au coroner »).
PiĂšges et perles
- Le rĂ©sident avec TNC exprime la douleur par lâagitation, les cris aux soins ou le refus de se lever : ne pas traiter dâabord avec un antipsychotique.
- Chercher la fracture au moment des soins : une douleur Ă la mobilisation passive en dit plus que la douleur au repos.
- Une fracture sans traumatisme clair nâest pas forcĂ©ment de la maltraitance, mais il faut y penser et documenter objectivement.
- Une fracture de fragilitĂ© impose de revoir le traitement de lâostĂ©oporose si lâespĂ©rance de vie le justifie.
Références
- Morin SN, et al. Clinical practice guideline for management of osteoporosis and fracture prevention in Canada: 2023 update. CMAJ 2023;195(39):E1333-E1348.
- NICE NG234. Spinal metastases and metastatic spinal cord compression (2023).
- Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aßnés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité, RLRQ c. L-6.3.
- INESSS. Les niveaux de soins : normes et standards de qualité. 2016 ; formulaires AH-744 et AH-223-1, MSSS.