En bref : Le délirium est un changement aigu et fluctuant de l’attention et de la cognition. C’est une urgence médicale : on cherche la cause. En CHSLD, il survient souvent sur un trouble neurocognitif. Le repère est donc le changement par rapport à l’état de base décrit par le personnel et la famille. La forme hypoactive (somnolence, retrait) est fréquente et souvent manquée.
🩺 Au chevet
🚩 Signaux d’alarme
- Signes vitaux anormaux, hypoxémie, hypoglycémie.
- Déficit focal, chute récente avec trauma crânien (surtout sous anticoagulant).
- Fièvre, signes de sepsis.
- Sevrage (alcool, benzodiazépine) ou toxicité médicamenteuse (opioïde, anticholinergique, lithium, digoxine).
✅ À faire maintenant
- Confirmer : début aigu, inattention, fluctuation (CAM ou 4AT).
- Signes vitaux, SpO₂, glycémie ; examen avec globe vésical, fécalome, douleur, peau, poumons.
- Revoir tous les médicaments récents (nouveau, dose augmentée ou arrêt brusque).
- Bilan selon le niveau de soins : FSC, électrolytes, calcium, créatinine, glucose. Analyse d’urine seulement si les critères de Loeb sont remplis.
Prise en charge
D’abord sans médicament
- Présence de la famille, voix et visages familiers ; lunettes et appareils auditifs.
- Orientation, lumière le jour et calme la nuit ; hydratation, mobilisation, horaire de toilette.
- Éviter les contentions : elles aggravent le délirium.
Médicament seulement si détresse importante ou danger pour le résident ou les autres, quand l’approche sans médicament ne suffit pas
- Antipsychotique à faible dose, sur une courte durée (en général une semaine ou moins) : halopéridol ou atypique (CCSMH, 2014). Doses : voir la fiche Délirium.
- Parkinson ou démence à corps de Lewy : pas d’halopéridol.
- Benzodiazépines : à éviter, sauf en cas de sevrage d’alcool ou de benzodiazépine, ou en fin de vie.
- Inhibiteur de la cholinestérase : n’a pas d’effet sur le délirium et ne doit pas être arrêté brusquement.
Selon le niveau de soins
| Niveau | Conduite |
|---|---|
| A – B | Transfert si la cause demande l’hôpital (sepsis, hématome sous-dural, hypoxémie non corrigée sur place). |
| C | Traiter la cause sur place (antibiotique PO, hypodermoclyse, arrêt d’un médicament, désimpaction, drainage vésical). |
| D | Confort ; un délirium terminal se traite selon les soins de fin de vie. |
Famille et suivi
- Expliquer à la famille que le délirium est causé par une maladie ou un médicament, et qu’il peut durer des jours ou des semaines.
- Sa présence aide le résident. Lui dire que le délirium peut laisser un déclin durable.
- Réévaluer chaque jour ; cesser l’antipsychotique dès que possible.
Pièges et perles
- Ce n’est pas « la démence qui progresse » : un changement aigu est un délirium jusqu’à preuve du contraire.
- Traiter une bactériurie asymptomatique ne règle pas un délirium.
- Donner un antipsychotique sans chercher la cause masque le problème.
Références
- Coalition canadienne pour la santé mentale des personnes âgées (CCSMH). 2014 Guideline Update: The Assessment and Treatment of Delirium.
- NICE CG103. Delirium: prevention, diagnosis and management in hospital and long-term care (mise à jour 2023).
- Nicolle LE, et al. Asymptomatic bacteriuria: 2019 update by the IDSA. Clin Infect Dis 2019;68(10):e83-e110.