En bref : Toutes les femmes enceintes sans diabète connu ont un dépistage à 24–28 semaines. Diabète Canada préfère l’approche en 2 étapes : TTG 50 g, puis HGOP 75 g si résultat entre 7,8 et 11,0. Une seule valeur anormale suffit au diagnostic. En cas de risque élevé, on dépiste tôt avec une HbA1c avant 20 semaines. Le traitement repose sur la nutrition et l’activité physique. Si les cibles ne sont pas atteintes, on ajoute de l'insuline, ou de la metformine comme alternative. On fait une HGOP 75 g entre 6 semaines et 6 mois post-partum.
📌 Fiche d’origine hospitalière, ajoutée pour la situation clinique « Dysglycémie (diabète gestationnel) » de l’externat. Au sans rendez-vous : reconnaître, amorcer le traitement et diriger ; les sections propres à l’hôpital ont été retirées.
Dépistage et diagnostic (Diabète Canada)
| Approche | Test | Seuils |
|---|---|---|
| Préférée (2 étapes) | TTG 50 g, non à jeun, glycémie à 1 h | < 7,8 : normal. ≥ 11,1 : DG. 7,8–11,0 : faire l’HGOP 75 g |
| HGOP 75 g (à jeun, 1 h, 2 h) | À jeun ≥ 5,3 ; 1 h ≥ 10,6 ; 2 h ≥ 9,0. 1 valeur suffit | |
| Alternative (1 étape, IADPSG) | HGOP 75 g d’emblée | À jeun ≥ 5,1 ; 1 h ≥ 10,0 ; 2 h ≥ 8,5. 1 valeur suffit |
- Dépistage précoce (< 20 sem) par HbA1c si risque élevé :
- DG antérieur, prédiabète ou IMC élevé.
- Origine autochtone, africaine, sud-asiatique, hispanique ou asiatique.
- SOPK, acanthosis nigricans, corticothérapie, ATCD familial au 1er degré, macrosomie antérieure.
- Interprétation de l’HbA1c précoce :
- ≥ 6,5 % : diabète préexistant (« franc »). On le traite comme tel.
- 5,9–6,4 % : risque accru. On le considère et on répète l’HGOP à 24–28 sem.
- Si le test précoce est normal, on refait le dépistage à 24–28 sem.
- Les variantes américaines (HGOP 100 g, Carpenter-Coustan) ne s’appliquent pas au Québec.
Prise en charge
- Cibles glycémiques (mmol/L) :
- À jeun et préprandial < 5,3.
- 1 h postprandial < 7,8.
- 2 h postprandial < 6,7.
- Autosurveillance à jeun et 1 h ou 2 h après les repas. Référer à la clinique de diabète de grossesse et en nutrition.
- Nutrition :
- 3 repas et 2–3 collations ; glucides répartis, collation au coucher.
- Gain de poids selon l’IMC prégrossesse.
- Activité physique ≥ 150 min/sem si aucune contre-indication obstétricale.
- Pharmacothérapie :
- Insuline : c’est la 1re intention. Prandiale (rapide) et/ou basale (NPH, détémir) selon le profil.
- Metformine : alternative raisonnable si refus ou difficulté avec l’insuline. Elle traverse le placenta ; données à long terme limitées (enfants plus lourds). Discuter avec la patiente ; un ajout d’insuline est souvent nécessaire.
- Glyburide : à éviter (hypoglycémie néonatale, macrosomie).
- Surveillance fœtale :
- Échographie de croissance au 3e trimestre.
- Évaluation du bien-être fœtal hebdomadaire dès 34–36 sem si DG mal contrôlé, sous insuline ou avec comorbidités.
- Accouchement :
- Induction à discuter entre 38 et 40 sem selon le contrôle et la croissance, en pesant le risque de mortinaissance et la morbidité néonatale.
- Pas de césarienne élective pour suspicion de macrosomie seule, sauf poids fœtal estimé très élevé (≥ 4500 g chez la diabétique, selon l’ACOG).
- En travail : glycémie capillaire q1–2 h, cible 4–7 mmol/L. Perfusion insuline-glucose selon le protocole si sous insuline.
- AAS 162 mg HS dès 12–16 sem si un autre facteur de risque de prééclampsie le justifie. Voir la fiche HTA en grossesse.
Complications à expliquer
- Maternelles : prééclampsie, polyhydramnios, césarienne, infections urinaires, DT2 ultérieur (risque environ 7 fois plus élevé).
- Fœtales et néonatales : macrosomie, dystocie des épaules, hypoglycémie néonatale, hyperbilirubinémie, polycythémie, hypocalcémie, détresse respiratoire.
- Le DG survient après l’organogenèse : contrairement au diabète préexistant, il n’augmente pas les malformations.
Post-partum
- Cesser l’insuline ou la metformine à l’accouchement. Glycémies pendant 24–48 h.
- Glycémie néonatale selon le protocole de la pouponnière.
- Allaitement encouragé (≥ 4 mois) : il réduit le risque de DT2.
- HGOP 75 g entre 6 semaines et 6 mois post-partum. Ensuite, dépistage aux 3 ans (plus souvent si à risque) et avant toute nouvelle grossesse.
- Contraception et planification de la grossesse suivante.
💡 Le diabète préexistant (type 1 ou 2) exige un plan préconception : HbA1c ≤ 7 % si possible, acide folique 1 mg, revue des IECA, ARA et statines, fond d’œil, ratio albumine/créatinine. C’est un sujet distinct du DG.
Consulter
Consulter en endocrinologie si :
Clinique de diabète de grossesse (ou clinique GARE) et nutritionniste dès le diagnostic, si disponibles.
- RapideDiabète gestationnel diagnostiqué (TTG 50 g ≥ 11,1 ou HGOP 75 g anormale) — priorité C (≤ 28 j)
- RapideDiabète préexistant découvert en grossesse (HbA1c ≥ 6,5 % avant 20 sem) — priorité C (≤ 28 j)
- RapideCibles non atteintes en 1–2 semaines (malgré nutrition et activité ; insuline à amorcer) — priorité C (≤ 28 j)
- ÉlectifÉvaluation pré-grossesse chez une patiente diabétique — priorité D (≤ 3 mois)
Consulter en gynécologie si :
- ÉlectifDG sous insuline, mal contrôlé ou avec comorbidités (croissance fœtale ; bien-être fœtal chaque semaine dès 34–36 sem) — suivi obstétrical
À préparer : âge gestationnel ; résultats TTG, HGOP ou HbA1c précoce ; carnet d’autosurveillance (à jeun, 1 h ou 2 h postprandiales) ; poids et IMC prégrossesse ; TA ; traitement en cours.
Références
- Diabetes and Pregnancy, chapitre 36 (Diabète Canada, lignes directrices 2018) : seuils, cibles, HbA1c précoce, HGOP post-partum, surveillance fœtale. Consulté en 2026.
- Résumé SOGC du diabète prégestationnel et gestationnel (JOGC). Version citée dans les notes : jogc.com.
- Magee LA et coll. Guideline No. 426: Hypertensive Disorders of Pregnancy: Diagnosis, Prediction, Prevention, and Management (SOGC, JOGC 2022;44(5):547-571) : AAS à dose > 81 mg (162 mg) au coucher, à débuter idéalement avant 16 sem chez la femme à risque accru.
- ACOG. Practice Bulletin No. 216: Macrosomia (2020) : césarienne à envisager si poids fœtal estimé ≥ 4500 g chez la diabétique (≥ 5000 g sans diabète).
- MSSS. Grilles provinciales de priorisation des demandes de consultation spécialisée (CRDS) — Endocrinologie.